• « Libations pour transformations » : invitation au banquet de Charlotte Aveline

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      • 25 janvier 2014
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      CHARLOTTE AVELINE

      « Donnez-moi un bout de vous, un bout de vous » : la supplique peut paraître étrange, mais par cette interpellation de Charlotte Aveline, dernièrement lors de sa performance mulhousienne à Tranches de Quai #23,  le public a pu découvrir le travail de cette jeune artiste suivie par Mulhouse Art Contemporain.

      La scène se déroule dans le petit couloir du patio de l’école d’art de Mulhouse. Tentures de plastique noir au sol et au mur, matelas de terre, tonnelet de vin. Le décor est planté. Un petit arbuste en pot arbore d’étranges bourgeons anthropomorphiques., Indice. La prêtresse, en toge immaculée tend un verre de vin aux spectateurs-convives, invités à « collaborer » à cet échange dionysiaque. Explication placardée au mur pour les plus curieux : « Le Collabe, jeu d’adresse en usage chez les Grecs (…) consistait à lancer, après boire, quelques gouttes de liquide restées au fond de la coupe, de manière à atteindre, sans qu’il s’en perdit une seule, un but fixé par les convives ».

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      Ici, la « cible » c’est l’artiste offerte en écran à ces projections, comme une surface vierge appelée à s’imprégner de ces libations successives. Au préalable, il faut payer son tribut, en laissant son empreinte (main, doigt, menton, genou, pied, coude… ) dans le grand colombin de terre qui marque une frontière dans l’espace. Puis l’on choisit, la manière d’appliquer la consigne du « collabe ». D’un geste vif en direction de la destinataire, en se rapprochant d’elle pour verser le vin en filet sur une partie de son corps, de son visage…

      Initiatique, le geste nécessite toutefois un choix dans l’intensité : du jet retenu, au lancer joyeux, du verser méticuleux à la vidange esquissée… de la complicité à l’agressivité?

      « C’est violent », lâche un invité qui vient de passer à l’acte. D’autres s’amusent de cette libation partagée ou l’associent à d’autres rituels religieux…

      Au fil des verres et des renversements liquide, la toge s’empourpre, d’un rouge sanglant.

      « Le collabe n’était autre chose qu’une libation », nous rappelle le mode d’emploi affiché tout en suggérant les autres interprétations possibles : « On jetait à terre une petite portion de son vin lorsqu’on voulait honorer une personne amie. Cette coutume, née dans la gaieté des fiestas, prit particulièrement un caractère érotique; le buveur dédiait cette sorte de libation à la personne dont il recherchait les faveurs ».

      L’actionnisme viennois bien sûr se convoque spontanément dans nos références. Mais la performance consiste aussi à collecter ces « bouts » d’humain, plus tard reconstitués par moulage, que l’artiste n’a de cesse de vouloir s’approprier pour reconstituer cet autre corps au-delà des corps.

      Dominique Bannwarth

       

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