• « The Night of the Great Season » à la Kunsthalle

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      • 18 février 2014
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      La nouvelle exposition présentée par la Kunsthalle centre d’art de Mulhouse s’intitule « The Night of the Great Season » . Elle rassemble des oeuvres de Bruno Schulz, Tadeusz Kantor, Erna Rosenstein, Alina Szapocznikow, Agnieszka Polska, Jakub Julian Ziółkowski et Tomasz Kowalski sur une proposition de Martha Kirszenbaum, commissaire d’exposition associée à la saison 2014 et récemment installée à la tête d’un nouveau lieu culturel à Los Angeles.

      A découvrir à La Kunsthalle du  19 février – 11 mai 2014

      Jakub Julian Ziolkowski (b. 1980) Planet Schulz_Groteska. Kataryniarz na podwórku

      LES PHOTOS DU VERNISSAGE

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      La présentation de l’exposition

      L’exposition The Night of the Great Season s’articule autour du surréalisme polonais, retraçant les influences

      historiques en art, théâtre et littérature de ce mouvement plutôt méconnu. Elle s’attache également à

      décrypter une tendance observée dès les années 2000 chez une jeune génération d’artistes polonais, à la fois

      influencés par les techniques des surréalistes du début du XXe siècle, telles que la représentation des rêves ou

      l’écriture automatique, et se plaçant en opposition avec les générations artistiques polonaises précédentes,

      celles de l’art critique et du réalisme des années 1990. Les artistes présentés dans l’exposition sont à l’origine

      d’oeuvres conçues en creux de la réalité, souvent basées sur le hasard et le subconscient, où dominent le

      fantastique, la magie et l’imaginaire, d’une manière souvent sombre et parfois dérangeante.

      L’incipit de l’exposition présente des dessins de Bruno Schulz (Drohobycz 1892–1942), artiste de l’avant-garde

      juive polonaise dans les années 1930-40, qui combine un humour surréaliste à une attention réaliste aux

      détails, infusant son oeuvre graphique et littéraire d’un sens aiguisé de la vie quotidienne. Assassiné en pleine

      rue par un officier nazi en 1942, il laissa derrière lui des dizaines de dessins et nouvelles, dont Les Boutiques de

      Cannelle et La Rue des Crocodiles. Le tracé poétique et mystérieux de sa plume comme de son crayon reflète

      une vie de village polonais d’avant-guerre où chaque élément semble avoir été transformé et glorifié en rêves

      par l’imagination de son auteur. Les années de l’immédiat après-guerre sont marquées en Pologne par une

      nécessité de se détacher du souvenir traumatique de la Seconde Guerre Mondiale autant que de la rigidité du

      nouveau régime qui vient d’être instauré. C’est dans ce contexte que s’opère dans les milieux artistiques une

      fuite vers l’imaginaire, incarné par la formation du groupe de Cracovie, dont feront notamment partie Tadeusz

      Kantor et Erna Rosenstein.

      Personnalité majeure de la création polonaise de l’après-guerre, peintre, scénographe, poète, acteur, auteur de

      happenings proche de Dada, Tadeusz Kantor (Wielopole Skrzyńskie 1915-Cracovie 1990), qui expliquait

      l’absence du surréalisme polonais par la prévalence du catholicisme, acquit une renommée mondiale en tant

      qu’homme de théâtre. Son action théâtrale consista en une illustration visuelle des mécanismes de la mémoire

      aux travers de séquences successives d’images irréelles, de bribes de souvenirs, de scènes obsessionnelles et

      de situations absurdes, transformant personnages et objets au gré de son imaginaire. D’origine juive polonaise,

      Erna Rosenstein (Lvov 1913-Varsovie 2004) a survécu à l’Holocauste. Éduquée à Lwow puis ayant vécu à

      Cracovie, elle est très marquée par le concept de l’abject lié à l’excès et la dégradation des éléments, cher à

      Georges Bataille. Ses oeuvres graphiques évoquent un engagement féministe incluant corporalité, sensualité et

      sens de la différence, tout en évoquant l’écriture automatique.

      Le corps féminin et la tragédie de la Seconde Guerre Mondiale sont autant de thèmes développés par la

      sculptrice et photographe Alina Szapocznikow (Kalisz, Pologne 1926–Passy, France, 1973) qui élabora des

      moulages de parties de corps transformés en objets du quotidien telles que des lampes ou des cendriers,

      exprimant un lignage avec l’importance du fétichisme érotique de l’objet chez les surréalistes, autant que ses

      sculptures et photographies rappellent la volonté de ses derniers de bousculer la hiérarchie du corps et de

      désorienter le spectateur face au statut de l’objet et de l’image. Agnieszka Polska (1985, vit et travaille à

      Varsovie et Amsterdam), dont les animations et photographies sont des collages visuels d’images piochées

      dans des magazines d’art et des journaux des années 1960 qui confére à sa pratique un aspect documentaire.

      Elle revisite souvent le modernisme polonais en recyclant des matériaux historiques et des photographies

      d’archives qu’elle transforme en travaux narratifs et mélancoliques. Sa série de photocollages Arton (2010),

      faisant référence à l’artiste conceptuel et performer polonais Włodzimierz Borowski, figure un assemblage

      organique et presque fantastique de fragments d’éléments biologiques et d’élégantes sculptures faites de

      branches et de boue.

      Enfin, l’exposition présente des tableaux et dessins des deux jeunes artistes polonais Jakub Julian Ziółkowski

      (1980, vit et travaille à Zamość) et Tomasz Kowalski (1984, vit et travaille à Cracovie). Le premier dépeint des

      paysages hallucinatoires à la végétation surnaturelle et aux figures humaines sombrement inquiétantes, proche

      du fantastique de Jérôme Bosch comme du grotesque de Robert Crumb. Le second manie la mise-en-abyme

      avec détail, en faisant référence aux mannequins et marionnettes de Schulz et Kantor, aux expériences

      enfantines et à la mémoire fragmentée. Tous deux viennent de la région de Galicie, au sud-est de la Pologne,

      où s’est développée une culture teintée de splendeur baroque, de poésie éclatante et d’une certaine forme de

      spiritualité qui semble les avoir fortement marqués. C’est aussi de la même région que venait Bruno Schulz,

      auquel les deux jeunes artistes semblent porter intérêt et admiration.

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