Comment mieux soutenir et développer la scène artistique française? Le rapport commandé à Martin Bethenod par la ministre de la Culture Rachida Dati cherche à apporter des réponses.
D.B.

Le plages urbaines par Céline Dias, une oeuvre issue d’un FRAC exposée à la Fondation Schneider à Wattwiller. Photo DB
En dressant tout d’abord un constat. « La scène artistique française jouit aujourd’hui d’un dynamisme, d’une attractivité et d’un rayonnement qu’elle n’avait plus connus depuis les années 1960. Cela tient, d’une part, au dynamisme de Paris en tant que place de marché, lié notamment à la forte croissance du marché de l’art au niveau mondial, au ralentissement relatif de Londres, à l’arrivée d’acteurs internationaux de premier plan (Art Basel, « méga-galeries » internationales) et à l’émergence de figures de collectionneurs français prescripteurs.
Cela tient également à la montée en puissance de l’initiative privée au sein d’un écosystème longtemps marqué par la place quasi exclusive de l’action publique (Fondation Louis Vuitton, Bourse de Commerce-Pinault Collection, Cartier, mais aussi Lafayette Anticipation, Émerige et de nombreux autres exemples…). Ainsi qu’à la présence internationale de certains artistes de premier plan (dont témoignaient notamment ce printemps les expositions personnelles de Pierre Huyghe à Séoul, Philippe Parreno à Munich, Camille Henrot à New York, Tatiana Trouvé à Venise, Jean-Michel Othoniel à Shanghai). »
Une précision toutefois, quand on utilise la définition de « scène artistique française » de qui/quoi parle-t-on?
« La scène artistique française est composée de tous les artistes, quelle que soit leur nationalité, qui vivent et travaillent en France, ainsi que de tous les artistes de nationalité et de culture française, quel que soit leur pays de résidence ou de travail. S’y ajoute, dans une logique d’écosystème, l’ensemble des professionnels qui contribuent à la formation de ces artistes, à la production, à la diffusion, à l’étude, à la promotion et à la commercialisation de leurs oeuvres.
A l’issue de ce travail d’enquête et des entretiens avec de nombreuses personnalités impliquées dans cette problématique (CNAP, Musées, Centres d’art, écoles d’art, galeries, artistes… ) Martin Bethenod dégage une quinzaine de propositions.
1) Réaffirmer le rôle majeur du Centre Pompidou dans le renforcement de la scène française, en inscrivant cette mission dans les textes et en l’assortissant d’objectifs quantitatifs en matière de programmation.
2) Encourager le Centre Pompidou à faire de la mise en valeur de la scène française l’axe de la programmation de sa constellation d’initiatives de l’année de son Cinquantenaire en 2027.
3) Recentrer la politique d’acquisitions du Centre national des arts plastiques (CNAP) sur la scène française, en conduisant une expérimentation de cette « exception scène française » pour une durée de trois ans.
4) Renforcer le rôle du Palais de Tokyo en lui confiant le pilotage d’un grand événement dans l’esprit de la Triennale de 2012.
5) Relancer, au Palais de Tokyo et dans un second lieu en région (Nice ? Bordeaux ?) un programme de résidences / formation / travail de jeunes artistes et commissaires qui renouvelle les expériences de l’Institut des hautes études en art plastique (IHEAP), du Pavillon et de l’École du Magasin.
6) Mettre en place, à destination des écoles d’art, un dispositif d’incitation à l’élargissement international des jurys et un dispositif de soutien à l’invitation de « visiting professors ».
7) Renforcer l’ouverture internationale des Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) et centres d’art avec un dispositif d’incitation à la résidence de commissaires internationaux associés.
8) Proposer un dispositif assoupli et simplifié en direction des réseaux labellisés (Centres d’art et FRAC) d’aide à la production scène française, dans le cadre d’un partenariat (itinérance, co-production, …) avec une structure à l’étranger, à la fois pour leur présentation en France et pour leur projection à l’étranger.
9) Repositionner l’information et le service aux professionnels comme une priorité stratégique du CNAP, en renforcer les moyens budgétaires et humains, en renouveler les instruments et les pratiques, remettre la question de l’étude de la scène française au coeur de sa politique de recherche.
10) Mettre en place au sein du CNAP un bureau export, chargé à la fois de l’accueil et de l’information des professionnels étrangers, et du conseil aux professionnels français pour leurs projets internationaux.
11) Poursuivre la réflexion sur l’ajustement permanent des dispositifs de soutien du CNAP : réduction du nombre de commissions ; renforcement de la coordination avec les autres dispositifs publics et privés, expérimentation de modalités renouvelées et simplifiées d’attribution des aides.
12) Développer au CNAP en lien avec le Comité professionnel des galeries d’art (CPGA) une mission d’information et de conseil aux galeries d’art concernant les dispositifs d’avance de production et de soutien aux partenariats internationaux, ainsi qu’aux dispositifs financiers de prêt ou garantie, proposés notamment par l’IFCIC ou la BPI. 6
13) Lancer un chantier de réflexion sur la question des conditions d’accès à l’immobilier des galeries d’art, à l’instar des dispositifs mis en place par le Centre national du livre (CNL), le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé (ASTP), pour les librairies de création, les cinémas d’art & essai et les théâtres, en lien avec les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les collectivités locales.
14) En liaison avec l’ADAGP, relayer et accompagner les actions de sensibilisation et de « lobbying » sur certaines questions de droits d’auteurs cruciales, comme celles liée à l’usage des images par les intelligence artificielle (IA) générative, pouvant déboucher sur une fiscalité ad hoc.
15) Encourager la mise en place, par les structures, de fonds de dotation dédiés au soutien à la scène française, par l’incitation, l’information, la formation et le conseil.
