
Christiane Fath venant l’une de ses créations textiles. Photo DB
« Prendre son temps ». Par les temps qui courent, la proposition de la nouvelle exposition de La Kunsthalle de Mulhouse offre un espace pour se poser, réfléchir, savourer l’instant, mais aussi s’immerger dans un monde de couleurs, de matières, de volumes qui transcende notre rapport aux choses matérielles et aux objets.
Deux artistes ont été invités par Sandrine Wymann, directrice de La Kunsthalle, à décliner ce thème : une peintre, Christiane Fath et un céramiste, François Bauer. Leurs expressions se sont croisées pour constituer un nouvel espace partagé.
Par Dominique BANNWARTH
« Une exposition pour nous faire rêver, qui nous fasse du bien, une exposition solaire », annonce Sandrine Wymann en introduction à la nouvelle exposition de La Kunsthalle, dont le titre seul invite déjà à une posture décontractée : « Prendre son temps ».
Ce temps a aussi été un temps partagé par les deux artistes invités par le centre d’art mulhousien : la peintre Christiane Fath et le céramiste François Bauer.
La première, installée à La Réunion, s’exprime par la peinture, mode opératoire appliqué sur des tissus et surfaces de toutes sortes, supports choisis dans son univers familier.
L’artiste strasbourgeois François Bauer, lui, utilise la céramique comme une forme pour valoriser la couleur, au-delà de sa valeur d’usage, quite à déborder de l’objet pour se prolonger sous forme de peinture ou de papier peint.

Photo DB
L’exposition de La Kunsthalle propose de traverser quatre espaces, comme autant d’expérimentation des propositions des deux artistes invités.
Dès le premier espace qui revendique le fait de « ‘prendre de la hauteur », le ton est donné. Alors que François Bauer suggère le prolongement de l’architecture du lieu sous forme de colonne introductive, un parterre de gros « poufs » invite le visiteur à s’asseoir pour juste apprécier la grande tenture peinte de Christiane Fath ou s’évader dans une autre toile évoquant la Méditerranée.

Une toile de Christiane Fath évoquant la Méditerranée. Photo DB
« Je ne peux m’empêcher de mettre de la couleur », confesse Christiane Fath devant ses tentures ou ce tablier réinterprété.

Un tablier peint par Christiane Fath. Photo DB

Le second espace de l’exposition invite à « se retourner ». Photo DB
Le second espace invite à « se retourner ». Les tentures suspendues de Christiane Fath favorisent la circulation autour de l’oeuvre, tout comme les céramiques de Christian Bauer, installées sur des podiums devant des miroirs, offrent ce regard englobant.

Christiane Fath devant l’une des ses tentures réalisées à Mulhouse. Photo DB
Christiane Fath a été inspirée par son séjour mulhousien dans une grande tenture à dominante jaune, évoquant les feuilles mortes et leur tapis au sol, ou sur une autre toile suspendue les nuées de corbeaux dont se défient les habitants, « sauvages que la société veut éradiquer ».
Dans cette séquence, la peintre insiste : « Mon geste explose, je ne peux pas le retenir ».

Une oeuvre de Christiane Fath. Photo DB

François Bauer. Photo DB
Vaisselles, vases, tabourets… François Bauer s’exprime sur des objets dont la valeur d’usage initiale est détournée, suggérant « une réflexion sur l’objet dans sa construction ».
Une manière aussi de « jouer » sur les formes en se servant des couleurs et des motifs.

Céramiques de François Bauer. Photo DB


Céramiques et peiture de François Bauer. Photo DB
« Faire petit », c’est la troisième proposition de cette exposition. Ici les céramiques de Bauer rejoignent la sculpture, dans des dimensions plus intimistes, « à l’échelle de la main ».
Le geste du céramiste déborde de sa forme plastique pour se prolonger vers des formes plus picturales, comme des papiers peints qui viendraient compléter l’espace.

Céramiques et peiture de François Bauer. Photo DB

« Croiser les regards », dans le dernier espace de l’exposition. Photo DB
La dernière étape pour « prendre son temps » se propose de « croiser les regards ».
Dans la pénombre de la pièce, on découvre une vidéo de Christiane Fath, ressac de vagues captées dans les mers du monde entier. François Bauer a installé des passe-têtes devant cet écran géant, pour suggérer la « temporalité du tourisme » qui permet à tout le monde de devenir « quelque chose d’autre ».
Un banc et un tourne disque invitent le visiteur à se poser pour une dernière escale dans cette traversée d’un temps apaisé.
EXPOSITION DU 5 FEVRIER AU 26 AVRIL 2026
LA KUNSTHALLE MULHOUSE
