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Helen Frankenthaler : l'expérience sensible de la couleur

Le Kunstmuseum de Bâle (*) consacre une grande exposition à Helen Frankenthaler, figure marquante de l’abstraction américaine.

Photo DB

Par Dominique BANNWARTH

Moins connue que ses contemporains masculins (Pollock, Rothko, Motherwell) Helen Frankenthaler (1928–2011) mérite toute sa place en tant qu’artiste – et pas simplement femme artiste, définition qu’elle refuse – dans l’histoire de la peinture contemporain au XXe siècle.

L’artiste américaine incarne parfaitement cette période où elle dépasse le simple expressionnisme abstrait pour aborder le « color-field-painting » (littéralement « peinture du champ coloré ») et inventer sa propre technique du « soak stain, » autrement dit du « tremper-tacher ».

L’espace de la toile en grand format, posée au sol, s’offre à son geste pictural par de grandes coulées de peintures, reprises à la brosser, au racloir, à l’éponge pour modeler une surface encore mouvante, comme des vagues successives.

Le Kunstmuseum en lui consacrant cette grande rétrospective européenne (après Guggenheim à Bilbao en 2025), nous offre une belle et immanquable occasion de (re)découvrir cette oeuvre majeure de l’abstraction américaine.

On sent encore l’influence de ses contemporains (ici Pollock) dans ses premières toiles.Photo DB

L’exposition bâloise se décline dans le temps comme autant de jalons d’une entreprise créatrice jamais interrompue. Les toiles du début de sa carrière, restent inspirés par les peintres dominants de cette époque, Pollock notamment dans la première salle du Neubau du Kunstmuseum..

Photo DB

Mais très tôt, sa pratique picturale s’émancipe de l’ajout de formes pour laisser s’exprimer pleinement la couleur. Etablissant un protocole propre à sa gestuelle, Helen Frankenthaler en inventant le « soak stain », joue de l’absorption de la peinture, de sa dilution sur la toile non apprêtée, de ses méandres accompagnées par des pinceaux, une brosse ou une éponge, pour créer de nouveaux territoires imaginaires.

Ce qui frappe dans ces toiles, c’est à la fois une forme d’évidence, de plénitude. Et c’est bien la couleur qui prime, qui donne son sens à l’oeuvre.

Ses voyages en Europe vont également inspirer Helen Frankenthaler, notamment lorsqu’elle visite le site archéologique d’Altamira en Espagne (en 1953 et 1956) et ses peintures rupestres, datées entre -15 500 et -13 500 ans.

Hommage à Matisse

Mais sa relation à l’histoire de l’art plus généralement va aussi l’amener à rendre hommage à des artistes du passé (Titien, Courbet, Manet, Miro, Matisse,  Rembrandt, Laurençin…).

Durant ses dernières années, elle développe une oeuvre sur papier, peignant désormais sur la table de son atelier, mais toujours à plat.

Parmi ses dernières toiles en 2002, le Kunstmuseum expose Cloud Burst sorte de retour à l’origine.

Parmi ss dernières toiles de 2002, Cloud Burst

L’exposition est présentée jusqu’au 23 août 2026 au Kunstmuseum de Bâle.

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