Avec sa nouvelle exposition, la Fondation François Schneider à Wattwiller nous plonge dans le monde sous-marin, invisible et insoupçonné, ses paysages, ses couleurs, ses histoires, sous le titre « Hydroscape » proposé par Nicolas Floc’h.
Par Dominique BANNWARTH

Nicolas Floc’h. Photo DB
Nicolas Floc’h peut se définir comme « un artiste-marin-plongeur », suggère Sarah Guilain, commissaire de cette nouvelle exposition de la Fondation Schneider.
« C’est un travail mêlant art et sciences », tant la démarche de l’artiste s’articule non seulement autour de la production d’images mais également d’une méthode de captation des états aquatiques qui vont constituer une véritable histoire.
Trois séquences illustrent la démarche de Nicolas Floc’h.

Paysages productifs, Nicolas Floc’h
Paysages productifs
La première, « Paysages productifs », présente des photographies en grand format qui représentent les forêts laminaires et les champs d’algues des côtes bretonnes et normandes.
En noir et blanc
Des photographies en noir et blanc, en référence à la tradition de la photographie de paysage, mais aussi, comme le souligne l’artiste, parce qu’à une certaine profondeur l’eau devient en quelque sorte monochrome. Comme un envers de la surface terrestre, ces panoramiques s’apparentent à des massifs sous-marins.
Structures productives
La seconde séquence s’intéresse plus particulièrement aux « structures productives ».

Structures productives.Nicolas Floc’h
Entre 2010 et 2019, Nicolas Floc’h a étudié et photographié des récifs artificiels immergés au large du Japon, structures en acier ou en béton destinées à fixer l’écosystème sous-marin et à favoriser la pêche.
Une méthode reprise sur les côtes françaises, portugaises et espagnoles avec comme objectif le repeuplement des fonds.
Comme des cités englouties
Ces structures, telles des cités en ruine englouties, sont colonisées par les espèces végétales et animales de la mer.

Des maquettes reproduisent les structures productives photographiées par Nicolas Floc’h.
Photo DB
En écho aux images, l’artiste a reproduit des maquettes en béton à l’échelle un dixième de ces installations sous-marines, dans une démarche plus documentaire que sculpturale (Nicolas Floc’h a aussi un travail de sculpteur par ailleurs).
La couleur de l’eau

La couleur de l’eau, Nicolas Floc’h. Photo DB
Le dernier espace célèbre « la couleur de l’eau ». D’impressionnantes fresques colorées déclinent la palette chromatique des fleuves jusqu’aux embouchures maritimes.
Un travail sur le territoire : le Rhin
Pour l’exposition alsacienne, « nous avons aussi voulu un travail sur le territoire », insiste Sarah Guilain. Dans le cadre d’une résidence, le photographe a choisi le Rhin comme objet de recherche. Un travail en deux parties, l’une partant du Lac de Constance (Rorschach en Suisse) et se déroulant jusqu’à Strasbourg, l’autre focalisée sur l’aval du fleuve jusqu’à son embouchure vers la mer du Nord à Rotterdam.
« Apprendre à lire les couleurs »
Les tonalités et les teintes de ces photographies réalisées en colonnes sur plusieurs profondeurs, d’un hyperréalisme voulu mais dont l’ensemble pourrait ressembler à une toile abstraite constituée de pantones, doivent « nous apprendre à lire ces couleurs », insiste Nicolas Floc’h, « l’horizon est au milieu de l’image », notre vision étant variable selon que l’eau se trouble plus ou moins.
« Cette couleur nous raconte une histoire »
Mais au-delà de l’aspect purement visuel, presque esthétique, « cette couleur nous raconte une histoire ».
Les tons plus orangés ou rougeâtres signalent la présence de « tanins », minéraux et sédiments présents dans l’eau des fleuves dans leur parcours intérieur, traversant les paysages mais aussi les espaces urbains : « La couleur est liée à ce que l’eau contient », note l’artiste, « chaque territoire a une signature ».

La couleur de l’eau, Nicolas Floc’h
Parfois apparaissent des sortes d’épiphanies du monde subaquatique, telle cette méduse qui s’invite dans un cliché, mais plus on descend dans la colonne et donc en profondeur, plus grande est la saturation de l’élément liquide.
L’histoire de notre planète
D’une certaine manière, ces « fresques biologiques et géologiques », racontent l’histoire de notre planète, du passé sédimentaire à l’époque actuelle et les stigmates du dérèglement climatique.

Nicolas Floc’h. Photo DB
Comme un « révélateur »
En ce sens, la démarche de Nicolas Floc’h peut apparaître comme un « révélateur » de l’état du monde, mais offre aussi la possibilité d’une interprétation plus esthétique.
Aussi le remarque l’auteur, en comparant la capture photographique et la dynamique des couleurs ainsi révélées : « Cela est aussi important que ce qui serait un geste pictural ».
Dominique BANNWARTH
L’exposition se tient du 8 mai au 20 septembre 2026 à la Fondation François Schneider de Wattwiller, du mercredi au dimanche, jours fériés inclus, de 11h à 18h.
