Comme chaque année, le rendez-vous de la Regionale, qui valorise les artistes des trois frontières (France, Allemagne et Suisse), se décline à Mulhouse, à la Kunsthalle et à la Filature. Pour cette nouvelle édition qui a réceptionné 900 dossiers de candidatures, Mulhouse a fait appel à Licia Demuro pour assurer la sélection des artistes et des oeuvres et le commissariat d’une exposition intitulée « Le souffle de la subsistance », proposition unique déployée sur les deux sites mulhousiens avec une même intention.
Par Dominique BANNWARTH
Les artistes exposés
Clara Alvarez, Boglárka Balassa, Pauline Beck, Valentine Cotte, Arthur Debert, Juliette Dignat, Eddie de Goër, Sarai Duke Rose, Mathis Esnault, Yoshikhazu Goulven Le Maître, Claire Hannicq, Zoé Joliclercq, Elisa Lohmüller, Jules Maillot, Elise Planhard, Naomé Nazire Tahmaz, Hélène Thiennot.
Commissariat : Licia Demuro.
Si la Regionale témoigne de « pratiques inscrites sur un territoire », comme le rappelle Sandrine Wyman, directrice de la Kunsthalle, l’exposition imaginée par la commissaire invitée a voulu interroger la manière dont les artistes d’aujourd’hui se saisissent des matériaux de la vie quotidienne et de ce qu’ils collectent dans leur environnement en contrepoint des objets proposés par notre société capitaliste et consumériste.

L’oeuvre présentée par Juliette Dignat. Photo DB
Ainsi à la Kunsthalle est-il question « du domestique, de l’intime, de la maisonnée », propose Licia Demuro.
Les artistes interrogent les matières végétales, les rebuts, les outils qui racontent des gestes comme dans l’installation imaginée par Arthur Debert.

Arthur Debert devant son installation. Photo DB
Ce dernier a récupéré les treize outils de son grand-père menuisier fixant son propos sur leur nom souvent associé au monde animal (araignée, rabot, spatule). Il a créé des illustrations sur des chutes de carton pour signifier ce lien entre l’objet utile et l’animal qu’il incarne. Il a complété l’installation par une vidéo batpisée « la conférence des instruments savants ».

L’installation d’Arthur Debert conçue à partir des outils de son grand-père. Photo DB

Les matères végétales et textiles de Boglàarta Balassa.
Boglàrta Balassa investit les éléments organiques pour en faire des teintures végétales qui imprègnent une surface textile et laisse la forme ainsi créée à sa transformation naturelle.


Pauline Beck. Photo DB
Durant son passage aux Beaux-Arts de Paris, Pauline Beck a récupéré les chutes des ateliers de sculpture, pour former chaque jour dans la pierre résiduelle une cuillère, créant ainsi une série de 269 objets du quotidien, comme un journal de bord de son séjour parisien.
En écho également à sa vie dans la capitale, elle a reproduit la superficie de son studio en coussins posés au sol.

parfois on voit plus clair allogé , 2019, Pauline Beck.

Another Brick (II), 2018-2024 par Elise Planhard
A la Kuntshalle, Elise Planhard compose un tapis de briques fabriquées avec les résidus de cuissons de ses émaux. Cette matière récupérée révèle des textures et des couleurs qui s’apparente à des strates géologiques.

first the tension is always shifting, 2024, installation d’Eddie de Goër. Photo DB
Eddie de Goër tisse une toile de cordes qui installe un système relation et d’interaction sous chaque tension qu’on y applique. Métaphore d’un tissu social qui se tend, se distend, se noue, s’entrecroise…

Claire Hannicq
A la Kunsthalle et à la Filature, Claire Hannicq puise les éléments de ses créations dans son environnement vernaculaire avec ces troncs d’arbres de son verger qui transpercent une plaque de verre.

Semeuse par Claire Hannicq
Elle conçoit par ailleurs des plaques en verre qui jouent sur les couleurs et la lumière.
Elle imagine encore des flèches aux pointes de bronze figurant toutes sortes de graines qui viennent se ficher dans une cible végétale, terreau d’une regénération possible.

Naomé Nazire Tahmaz
Cet artiste utilise divers médiums pour interroger « l’univers de l’artisanat sous l’angle de sa résilience et de sa capacité d’adaptation », à travers des objets personnels.

Tes maux, 2022, Valentine Cotte.
Des petits sparadraps translucides sur lesquels s’affichent comme en filigrane des empreintes à la taille douce d’images issues d’un bestiaire médiéval, La référence à la fragilité, au soin, à la résilience.
Elle expose également une Théière d’adelphite aux multiples becs verseurs qui ne peut s’utiliser qu’à plusieurs, impliquant un geste collectif, une forme de partage implicite.
C’est aussi dans un geste ancestral de malaxation d’un bloc d’argile que l’artiste suggère de manière plus performative l’engagement du corps confronté à la matière.

Massa, Eretegia, 2020, Valentine Cotte

Performance de Jules Maillot à la Filature. Photo DB
Jules Maillot allie sculpture, installation et… fermentation. Sous la forme de canette de bière, boison fermentée qu’il a réalisée en utilisant les vertus des enzymes, des levures et des bactéries.
Cette référence alcoolique renvoie aussi à l’histoire du mouvement social et ouvrier, visant à démontrer « comment le corps, transformé par des substances ou des pratiques sociales, participe à la construction des identités, à la fois individuelles et collectives ».

A la Filature, les oiseaux imaginés par Yoshikazu Goulven Le Maître. Photo DB
Les rebuts et déchets de matériaux collectés par Yoshikazu Goulven Le Maître, lui servent à la recréation par assemblage, pliage, couture, d’oiseaux, de diverses espèces en référence à la menace sur la biodiversité. Une manière de « réparer » ou de « réenchanter » le monde…
