« Persistances », tel est le titre de la première exposition monographique en France de l’artiste marocain Hassan Darsi présentée par La Kunsthalle de Mulhouse du 12 juin au 25 octobre 2026.
Conçue par un trio curatorial composé de Florence Renault-Darsi, Bérénice Saliou et Sandrine Wymann, cette exposition trouve également une résonance au Frac Champagne-Ardenne.
Par Dominique Bannwarth

Façade dorée II par Hassan Darsi sur le fronton de la Fonderie. Photo DB
La façade de la Fonderie brille de mille éclats dorés tel un immense miroir où se reflète tout un quartier. Cet affichage monumental annonce la nouvelle exposition de La Kunsthalle consacrée à l’artiste marocain Hassan Darsi, dont la proposition se pare de poussière dorée, déclinée dans plusieurs oeuvres présentées à l’étage.
« La façade, c’est toujours ce qu’on soigne, souligne l’artiste, c’est l’apparence. Alors, tant qu’à faire jouons grand, jusqu’au dégoût, à l’indécence presque ». « Surdimensionner c’est aussi révéler la grandeur du symbole mais aussi de la dérive », suggère Hassan Darsi.
Surdimensionner c’est aussi révéler la grandeur du symbole mais aussi de la dérive
Hassan DARSI
Sur le mur en face de l’entrée, la vidéo « L’Homme qui court III », montre l’artiste qui court dans des venelles en Belgique ou dans la Cité mulhousienne.
Une manière d’interroger la manière dont l’homme se meut dans l’espace ou que l’espace traverse l’homme.

Hassan Darsi devant une oeuvre intitulée « Martyrs » (2026) Photo DB
Les planches de l’oeuvre baptisée « Martyrs » s’apparentent à des sortes de retables.
Ces pièces de bois utilisées comme support de production « de manière sacrificielle » en menuiserie, sont ici réinventées par l’artiste qui les recouvre d’une dorure qui permet de conserver les stigmates des actions du menuisier.

L’artiste devant « New Babel II », un poste de télévision recouvert d’OSB. Photo DB
Au lendemain du 11 Septembre 2001, Hassan Darsi avait enseveli son poste de télévision sous une couche d’adhésif doré, pour arrêter le flux des images diffusées sur tous les écrans mondiaux.
Pour l’exposition mulhousienne, il a repris ce geste en recouvrant cette fois le téléviseur d’OSB, produit dérivé du bois pour signifier « l’impermanence des certitudes et la fragilité d’un monde toujours en chantier ».

Projet en dérive VI., 2026. Photo DB

Projet en dérive VI (détail), 2026
Le grand bassin qui occupe l’espace central du centre d’art figure une sorte de marécage recouvert d’une pellicule de matière dorée dont les ondulations dessinent des formes aléatoires qui dérivent sur l’eau.

Mire, 2026
Sur la grande toile tendue sur toute la longueur de la salle d’exposition intitulée « Mire » – référence à l’histoire mulhousienne liée au textile – l’artiste propose une sorte de « glitch », déconstruction de l’image de la conquête spatiale, vanité humaine associée à la chute d’Icare.

L’exposition « Persistances » d’Hassan Darsi à La Kuntshalle de Mulhouse. Photo DB

Le toit du monde, 2010-2011 Photo DB

Le toit du monde, vidéo, 2020-2011
Sur six moniteurs disposés en ligne sur le mur du fond performent des danseurs sur les toits de l’abattoir désaffecté de Casablanca.
« Je m’épuise dans la forme », explique Hassan Darsi à propos de cette installation titrée « Le toit du monde ».
La dernière salle incarne la démarche de « La Source du lion », « une sorte de plateforme pour inviter d’autres artistes à partager des projets, créer des moments de complicité », remarque Sandrine Wymann en présentant le « Square d’en bas, « un projet qui fait choral ».

Le square d’en bas, 2017
Cette maquette à l’échelle 1/50° reconstitue l’ensemble immobilier Lesage Frères et Cie à Casablanca, démoli en 2017.
Son élaboration collective permet à la fois un regard sur la réalité sociale et urbaine qui entoure l’édifice, « une représentation du réel où on va s’accepter », mais aussi un changement d’échelle, sur lequel insiste le plasticien.
« Souvent on n’a pas le sens de la mesure: le regard et l’échelle sont deux notions que j’essaie de faire chanter ensemble ».
Dominique BANNWARTH
