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Art Basel est unique

« Only One Basel »

Une structure de Haegue Yang s’invite sur la Mittlere Brücke. Photo DB

« Only One Basel », le slogan de l’édition 2026 d’Art Basel est sans équivoque. La foire suisse revendique plus que jamais son leadership mondial sur ses terres natales, alors même que sa puissance s’est déployée de Miami Beach à Hong-Kong et Paris et dernièrement encore au Qatar.

Cette année près de 290 galeries venues de 43 pays et présentant les oeuvres de près de 4000 artistes viennent illustrer l’affirmation de cette ambition du 18 au 21 juin.

Par Dominque BANNWARTH

La semaine bâloise ne laisse aucun répit. De la Messeplatz jusqu’à la Mittlere Brücke en passant par les ruelles du Kleinbasel, jusqu’au parvis de la cathédrale, l’art contemporain envahit la ville, sans compter les autres événements périphériques comme Liste ou Photo Basel.

Sans oublier l’exposition de Pierre Huyghe à la Fondation Beyeler.

Alors que Art Basel Paris, qui a détrôné l’ancienne FIAC, s’affirme aussi comme un rendez-vous incontournable, du moins au niveau européen, la foire originelle doit veiller à maintenir la qualité de son offre.

Les interventions de Sarah Crowner dans l’espace public dans le cadre de Parcours, ici Claraplatz. Photo DB

« Basel Exclusive », une nouvelle opportunité pour les acheteurs

Avec « Basel Exclusive »,  une nouveauté de cette édition 2026, Art Basel espère enrichir encore son attractivité sur le marché de l’art en proposant aux futurs acheteurs, collectionneurs, des oeuvres inédites.

L’intention est clairement annoncée par Maike Cruse, qui pilote l’événement helvétique :  « Basel Exclusive, est une nouvelle initiative majeure pour 2026, élaborée en étroite collaboration avec les galeries, renforce le rôle déterminant d’Art Basel en tant que lieu par excellence de découverte et de première rencontre. Les exposants participants réserveront une sélection d’œuvres majeures qui seront dévoilées au public pour la première fois lors du vernissage VIP du salon ».

Dans le secteur Galleries. Photo DB

De quoi exciter la curiosité des amateurs d’art contemporain qui ne viendront pas sur les stands en sachant déjà ce qu’ils vont acheter?

La fébrilité des visiteurs VIP s’en trouvera peut-être renforcée, mais il est peu problable que ce biais de pur marketing influence significativement la performance marchande des galeries.

« Parcours », une déambulation gratuite

Une sculpture d’Edi Rama. Photo DBN

Reste que si vous n’êtes pas collectionneur, le plaisir de découvrir chaque année les milliers d’oeuvres présentées à Bâle demeurera toujours intact.

Car au-delà de la dimension économique et commerciale du rendez-vous bâlois, ce dernier reste un grand show permettant aux milliers de visiteurs accueillis de découvrir un panorama incroyable d’art contemporain en un seul lieu.

Pour ceux que le prix d’entrée élevé rebute- 70 CHF  francs suisses cette année soit 76 euros – la proposition de « Parcours » représente une bonne occasion de participer gratuitement à la fête.

Une sélection confiée cette année encore à Stéfanie Hessler.

Sur la Messeplatz. Photo DB

En partant de la Messeplatz, l’installation « Modèle vivant (S’empilant) » de Nairy Baghramian, artiste iranienne basée à Berlin investit la fontaine et ses abords avec ses empilements de sculptures métalliques qui interrogent la notion d’équilibre.

 

La déambulation se poursuit en remontant Clarastrasse où se déploient dans les cafés, les boutiques de part et d’autre de la rue, des propositions diverses.

Claudia Pages Raval.

A l’étage de l’hôtel Rheinfelderhof, avec la vidéo de Claudia Pagès Rabal ou au sous-sol du café Klara avec l’installation de Nicole Coson, des filins d’aluminium auxquels sont accrochés des coquilles d’huitres en référence à l’aquaculture aux Philippines.

 

Murni.

 

D’étranges poupées de l’Indonésienne I Gusti Ayu Kadek Murniasih vous accueillent dans l’arrière du Café Einzigartig, alors que le masque de l’Américain Ishi Glinski hante la vitrine d’en face.

 

En se glissant dans une arrière-cour on se retrouve en face d’une installation en forme de serpent aquatique de la tradition coréenne imaginé par Haegue Yang qui envahit tout l’espace d’une distillerie.

Une oeuvre de Haegue Yang dans une distillerie. Photo DB

Claraplatz, les vitrines d’une boutique de mode abritent les toiles de W.Rossen en référence aux paysages du Hollandais de l’époque baroque Ruisdael présents dans les collections du Kunstmuseum de Bâle.

Pelagie Gbguidi intervient dans la nef de l’église Sainte Clara. Photo DB

De l’autre côté de la place, l’église Sainte Clara sert de cimaises aux oeuvres de l’artiste béninoise Pélagie Gbaguidi qui utilise des sacs à pain comme support à des dessins réalisés à l’aide de pigments pour évoquer la faim et les inégalités sociales.

La serre de Jose Montealegre. Photo DB

Dans le parc voisin, Jose Montealegre a installé une serre où des sculptures métalliques s’inspirent de dessins botaniques du 16e siècle.

En poussant jusqu’à la Mittlere Brücke vous croiserez la sculpture d’Edi Rama et « l’emballage » du pont suggéré par Haegue Yang.

L’Hôtel Merian accueuille les oeuvres dessinées d’Edi Rama et l’installation interactive de Miao Ying, et dans son garage celle de Truong Công Tùng.

L’installation de Truong Công Tùng ) l’hôtel Merian. Photo DB

Une oeuvre de Karlo Kacharava.

 

La suite de cet itinéraire conduit aux dessins et peintures de Karlo Kacharava (Hôtel Kraft), à l’univers multimédia d’Amol K Patil dans une cave de la Schafgässlein ou à l’installation sonore de Georgia Sagri au Silberbergsaal.

Amol K Patil.

David Bestué

 

David Bestué a posé ses colonnes qui s’identifient à des sortes de tibias géants sous la coupole de l’office pour l’économie et l’emploi.

Cinthia Marcelle

A quelques pas de là, Cinthia Marcelle se contente de verres renversés et d’un empilement de pièces de monnaie, figure déclinée sur trois étages, posant de manière minimaliste la question de la valeur et des conventions du marché de l’art.

Un tapis de Nasan Tur. Photo DB

Installation de Can Altay

Dans un autre caveau de la Fischerstube située dans cette même ruelle, Nasan Tur a posé son tapis tandis que Can Altay propose ses sculptures vidéo et son environnement audio au coin de la Rebgasse et que le film de Rinus Van de Velde est projeté à l’étage.

Rinus Van de Velde.

Enfin, en prolongeant la marche vers le Kunstmuseum, on pourra pour finir apprécier l’installation de Kader Attia qui a trouvé refuge chez UBS Aeschenvorstadt et ses 21 tiges de bambou en référence à la communauté Mapuche des Andes.

 

Unlimited, une offre elle aussi unique

L’édition 2026 d’Unlimited rassemble pas moins de 59 projets présentés par 66 galeries et curatoriée par Ruba Katrib.

Christ Burden en ouverture de Unlimited. Photo DB

Unlimited offre chaque année un moment d’exception à la découverte de ces oeuvres souvent monumentales ou spectaculaires qui constituent en exposition à part entière. En voici quelques exemples…

Un mur conçu par Chris Burden recouvert d’uniformes de policiers américains de Los Angeles avec tout leur attirail armé vous fait face dès l’entrée . Conçue dans les années 90, cette proposition retrouve une nouvelle actualité dans la dénonciation des violences policières.

« Cairns « de Benoït Piéron

Le Français Benoît Piéron, dont la vie a été marquée par la maladie, aligne des amas de draps aux couleurs pastels issus de fournitures hospitalières, surmontés d’yeux en céramique comme autant de cairns, ces empilements de pierres qui orientent la marche en montage.

 

Extrait du film d’Helen Marten.

Helen Marten a créé une vidéo en images de synthèse peuplée de personnages étranges : daim, chat, chouette, grenouille, le tout rythmé par la voix d’une comédienne qui dévoile ses textes de manière chronologique, une façon symbolique et métaphorique de se référer aux peurs et aux sentiments humains.

« Iron Grass  » de Weiwei

En face, le champ composé d’un millier d’ergots en fer rouillé réalisé en 2014 par l’artiste chinois Ai Weiwei, garde toute sa pertinence de dénonciation des difficultés de survie dans le monde actuel.

Après avoir croisé la pièce historique d’Oscar Schlemmer et l’obélisque de Nikki de Saint-Phalle, il faut pénétrer absolument dans l’espace consacré aux photographies de Peter Hujar et ses 70 images reconstituant l’une des expositions les plus marquantes du photographe et la dernière de son vivant, rassemblées sous le titre The Gracie Mansion Show, 1974-1985.

70 photographies de Peter Hujar à découvrir absolument.

L’alignement de hublots d’avion et une rangée de sièges vides, évoquent pour l’artiste allemande Isa Genzken une forme de nostalgie onirique de ce mode de transport mais aussi une possibilité d’un autre regard sur le monde.

Isa Genzken

Tracy Emin a érigé une cabane posée sur des pontons de bois, évocation de son enfance et de sa relation à son père, sorte de refuge de la mémoire et d’évocation de la disparition.

« Knowing my ennemy, 2002, » Tracey Emin

L’univers en carton d’Eva Jospin s’invite dans une sorte de grotte sphérique, offrant une vision à 360 degrés d’un enchevêtrement de branchages, oeuvre jadis présentée dans la Cour carrée du Louvre.

La grotte en carton d’Eva Jospin. Photo DB

Theaster Gates a rangé mille pots à saké sur des étagères japonaises traditionnelles en bois, créant une palette des valeurs associées à chacune de ces bouteilles qui arborent les armoiries de leurs propriétaires.

« A Libation in UncerainTimes, 2024 », Theaster Gates. Photo DB

« Song of the Earth – ‘The Shift’ and ‘Divine Territory’, 2016 » Jorinde Voigt (détail)

On retiendra également les oeuvres de Jorinde Voigt, peintures sur des variations musicales du « Chant de la Terre » de Mahler.

Une autre salle réactualise l’attentat du 11 septembre 2001.  Des images reprises d’internet affichent les tours du World Trade Center, photographies pixelisées par Thomas Ruff,.

« jpegs: The September 11th Photographs,
2004-2007. » Thomas Ruff

Ou le film de Vanessa Beecroft,« Untitled (Izanami) » qui met en scène Bianca Censori dans le rôle d’Izanami, déesse de la création et de la mort dans la mythologue japonaise.

Film et installation de Vanessa Beecroft. Photo DB

Un autre espace, immanquable, est consacré au photographe Philip-Lorca diCorcia. Il comprend 21 photographies individuelles d’une exposition des années 90, première présentation publique de la série révolutionnaire de diCorcia intitulée « Hustlers » (1990-1992). Ces images mettent en scène des travailleurs du sexe masculins de Los Angeles payés à hauteur des tarifs de leurs prestations sexuelles habituelles.

Photo issue de la série « Hustlers » par Philip-Lorca diCorcia.

Enfin, l’artiste polonaise Goshka Macuga a également mis en scène une nouvelle performance consistant en la lecture de déclarations d’artistes et de citations issues de recherches menées au MoMA pendant la réalisation d’une tapisserie.

Une performance réinterprétant la tapisserie de Goschka Macuga. Photo DB

En parcourant le secteur Galleries

Dans le secteur Galleries. Photo DB

Dans le hall 2 où s’alignent les stands des galeries prestigieuses ou émergentes, celles habituelles ou celles nouvellement invitées à Art Basel, il faut savoir où donner de la tête pour s’orienter dans cette immense réseau et ses allées et être quelque peu sélectif.

D’autant que le parterre comprend aussi des espaces spécifiques : Statements, Premiere, Kabinett et Features, sans compter la nouveauté de cette année avec  le label « Basel Exclusive »…

On fait quelques découvertes, on revoit avec bonheur quelques pépites historiques et on en ressort avec le sentiment général que le marché de l’art se porte bien.

Sur les stands, entre verres de champagne et négociations marchandes, il faut parfois jouer des coudes pour regarder une oeuvre de près et en découvrir son auteur…

Voici quelques instantanés, en pure subjectivité, sachant que pris dès mardi – journée réservée aux VIP –  ces accrochages évolueront durant la semaine bâloise au gré des ventes.

Faisons toutefois un focus sur trois artistes alsaciens (et même mulhousiens)  présents cette année encore dans la foire la plus mondialement célèbre.

La Mulhousienne Véronique Arnold présente huit broderies sur le stand de la galerie Stampa.

Véronique Arnold chez Stampa

Véronique Arnold, que la vénérable et historique galerie Stampa de Bâle présente fidèlement aux côtés d’oeuvres de Miriam Cahn, Guido Nussbaum ou Sabine Hertig.

Véronique Arnold y expose huit broderies tirées d’une série 96 pièces qu’elle avait présentée dernièrement à la Galerie Stampa.

Un travail qui constitue une sorte de « journal intime » centré sur les questions autour de la notion d’amour.

Laurent Grasso chez Perrotin

Une toile de Laurent Grasso chez Perrotin

ll constitue l’une des têtes d’affiche de l’écurie Perrotin, aux côtés des Jean-Michel Othoniel, Murakami ou Daniel Arsham,.

L’Alsacien Laurent Grasso ne manque pas à l’appel bâlois avec notamment une toile de sa série « Studies of the Past ».

 

Etienne Chambaud chez Schipper

« Interiority, 2026 » Etienne Chambaud

 

Mulhousien d’origine aussi, Etienne Chambaud est passé par l’ECAL à Lausanne, la Villa Arson à Nice et l’école nationale des Beaux-Arts de Lyon.

Il avait été exposé par La Kunsthalle de Mulhouse dès 2018, depuis il a rejoint la prestigieuse collection Pinault.

Zero 10 fait ses débuts à Bâle

Zero 10, c’est l’autre nouveauté de cette édition 2026, une initiative mondiale d’Art Basel consacrée à l’art de l’ère numérique, qui rassemble des artistes de premier plan et de la nouvelle génération, des galeries et des pratiques interdisciplinaires qui explorent la relation entre l’art, la technologie et la culture.

Organisée par Eli Scheinman et Trevor Paglen autour du thème central « The Condition », Zero 10 marque la première édition co-organisée de l’initiative et sa plus grande présentation à ce jour.

Transformant l’Event Hall de la Messe Basel en une plateforme d’expérimentation et d’échanges artistiques, le programme se déploie à travers des expositions, des débats en direct et de nouvelles formes de création d’images.

L’entrée est comprise avec les billets Art Basel et les cartes VIP valides. L’accès gratuit au public à Zero 10 est disponible du 17 au 19 juin sur inscription préalable.