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Regards sur Texunion par Patrick Baeumlin

Le Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse présente « Regards sur Texunion », des photographies de Patrick Baeumlin réalisées en 1999 alors que l’usine textile installée à Pfastatt était frappée par les licenciements et l’arrêt de son activité. Un retour sur l’histoire industrielle de la région mulhousienne, mais aussi sur la mémoire ouvrière de cette entreprise.

Par Dominique BANNWARTH

La photographie a le mérite d’arrimer l’image du temps – ou le temps de l’image – dans une durée qui dépasse l’instant vécu. Elle a aussi le caractère immédiat de fixer ce qui n’est déjà plus, tout en maintenant l’illusion que la représentation de cette réalité se prolonge dans la virtualité donnée sur le papier où apparaissent les traces de ce qui a été.

Elle peut aussi témoigner, au-delà du moment, de ce que la mémoire des hommes souhaite conserver, de la marque inaliénable d’une histoire qu’on ne veut pas effacer.

Photo Patrick Beumlin

Dès lors, photographier une usine, des machines et surtout les femmes et les hommes qui y sont attachés – par le travail, mais aussi par des liens plus affectifs – relève d’une sorte de sanction positive d’une réalité que personne ne pourra plus contester.

Oui, cette usine a bien existé. Oui, ces machines ont bien tourné. Oui, ces femmes, ces hommes ont bien travaillé dans cette fabrique.

La photographie affiche très nettement ce manifeste. Elle imprime l’idée que rien ne peut aliéner la vie qui a animé ces bâtiments, ces unités de production. Elle figure aussi le lien étroit qui unit l’Homme, la machine et l’entreprise.

Les images de Patrick Baeumlin reflètent parfaitement cette proximité entre ces trois éléments constitutifs de l’histoire d’une entreprise.

Elles l’affirment sans ambiguïté : en mêlant le pli d’un tissu et le regard d’un travailleur, en laissant s’installer la pénombre d’un atelier dans le silence d’une image, en fixant la gravité d’un visage de femme, assise contre sa machine.

Il faut donc comprendre dans cette démarche une sorte de refus de l’oubli. Ce travail, commandité par les salariés à travers leur comité d’entreprise, relève le défi de l’affirmation d’une identité collective : en offrant à un photographe la possibilité de plonger dans le quotidien des ateliers, de photographier à tout moment l’usine et ceux qui la font fonctionner, en lui laissant l’entière liberté d’interpréter cette réalité à travers son objectif.

Patrick Baeumlin a lui aussi engagé ce pari de dresser ce portrait inédit de Texunion. Photographe, il a été plus particulièrement sensible à l’espace, la lumière, la texture des matériaux, l’architecture d’une part, mais aussi l’humanité des personnes au travail.

Photo Patrick Baeumlin

Ce livre retrace d’ailleurs dans sa mise en page la constante osmose qui s’impose entre ces divers éléments, mettant en correspondance l’esthétique d’une bobine de tissu et l’expression interrogative d’un ouvrier. Les objets, même inanimés, ont aussi une âme. Ces tissus, ces rouleaux, ces cylindres, disent un art de fabriquer partagé par ceux qui, depuis des années, activent ces outils et transforment la matière première.

Ces photographies mettent en scène un autre fait majeur de cette histoire industrielle. Si Texunion a connu, depuis la création du site à Pfastatt-le-Château en 1798, de multiples restructurations, réorganisations et fluctuations de ses effectifs, 1999 représente une nouvelle page qui se tourne. «Douloureuse restructuration» : loin d’un euphémisme, l’expression répercute son écho dramatique dans les photographies rassemblées dans cet album.

Photos Patrick Baeumlin

On sent toute la gravité de cette situation où des femmes et des hommes vivent au quotidien l’angoisse d’un licenciement, suspendu au-dessus de leur tête comme une invisible épée de Damoclès. Quand dans une usine comme Pfastatt, 267 suppressions d’emplois sont annoncées, les 630 personnes qui y travaillent vivent cette menace ensemble.

C’est dans ce contexte de crise qu’intervient le photographe avec la délicate mission de réaliser un travail à la fois documentaire, au service de ceux qu’il photographie, mais aussi personnel, en mettant en oeuvre son regard propre, ses critères esthétiques, sa subjectivité.

Photo Patrick Baeumlin

Le point de vue ne peut être neutre. Il s’enrichit de la rencontre avec une réalité physique (l’usine, les bâtiments, les machines, les ambiances… ) et une réalité humaine (les personnes qu’il rencontre à leur poste de travail, dans les ateliers).

Ces photographies apportent une touche d’humanité à opposer à la froide logique économique qui s’installe au niveau mondial.

Elles rendent hommage à ceux qu’elles représentent, sans cérémonie, dans la simplicité d’un déclic, d’une rencontre, d’un aveu d’existence.
Contrairement à toutes ces icônes qui envahissent notre univers médiatique et multimédiatique, les photographies de Patrick Baeumlin débordent de sens.

En cela, elle ne sont ni anecdotiques, ni éphémères…

Dominique BANNWARTH

Exposition au Musée de l’Impression sur Etoffes de Mulhouse, du 22 mai au 1er novembre 2026.

Ouvert du mercredi au dimanche de 13h à 18h.

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